J12 – Jodhpur – Agra
Toujours petit dèj sur les toits avec belle vue sur la forteresse. On laisse les bagages à la consigne puis on prend un rickshaw pour les jardins de Mandore, à 9km de Jodhpur.
On espère y trouver du calme car Jodhpur est bruyante et terriblement polluée.
A peine franchie la porte des jardins qu'un joueur d'instrument indien commence à nous suivre en jouant, accompagné de son gosse de 4 ans. On a droit à un « frère Jacques » comme récital !
Le gars nous suit pendant 5 min, il veut pas nous lâcher, je file 10 Rps pour qu'il arrête et ça marche. En général, quand tu payes un artiste c'est pour l'encourager à continuer, ici c'est
l'inverse, tu les payes pour qu'il cesse de te harceler :)
Les jardins consistent en de grands bassins à sec, ou très vaseux, quand ça ne ressemble pas tout simplement à des décharges en plein air. Certain appelle l'Inde le pays aux mille et une poubelles,
franchement c'est pas exagéré du tout.
Seuls les hérons se régalent dans cette vase qui regorge quand même de petits poissons (poissons mutants ?)
Les jardins abritent également des temples Hindous et des cénotaphes. Ils sont en cours de réhabilitations et les ouvriers, sur leur échafaudage en bambous, refont les enduits, rénovent la pierre,
et nous regardent passer.
Un autre joueur d'instrument arrive, on rebrousse chemin, il courre, nous rattrape. Il a 10 ans, il joue mal, son « frère Jacques » nous casse les oreilles. Béné se bouche les oreilles, il a
compris, il part.
Il y a des ruines qui surplombent le jardin, on y grimpe pour être tranquille. Il fait chaud, le soleil tape et le paysage devient très aride avec cette pierre rouge dont est constituée cette
bute.
Des singes se prélassent au soleil, ils sont très nombreux, on tente de les approcher pour les photographier, ils sont peureux. Pas grave, on reste là quelque temps pour les observer, au moins eux
ils jouent pas d'instrument de musique.
On décide de rentrer, même trajet en rickshaw, et à un feu rouge une gamine de 7 ans, toute crasseuse, fait la manche avec insistance en nous touchant les bras, les jambes. On lui file une orange,
elle est contente et part. Mais tous les autres gosses rappliquent pour en avoir aussi, on a plus rien à donner et le feu passe au vert. Pas content, un plus âgé pince alors Béné au bras. Dans les
guides ils disent de ne pas donner, car cela suscite les jalousies, l'agressivité, on comprend effectivement. Mais bon, pas évident de rester impassible face à cette misère.
Notre train de ce soir doit nous faire quitter définitivement le Rajasthan pour atteindre Agra dans la région de l'Uttar Pradesh, 557 km plus loin et 10h de voyage plus tard.
Acheté il y a plus d'un mois, nous sommes toujours en waiting list (position 3 et 4) depuis 2 semaines. On va sur Internet en espérant avoir une confirmation mais pas de bol on est seulement passé
en position d'attente 1 et 2. On psychote, la réservation est close dans 2h, donc si cela n'évolue pas d'ici là, pas de train pour nous.
Sur Internet, tous les autres trains de nuit pour Agra, Delhi ou Jaipur sont complets sur 1 semaine, et pas question de faire 10h de train en 'basse classe'. Certains diront que prendre le train
uniquement en classe AC 2 ce n'est pas s'immerger complètement dans la vie indienne, personnellement, nous ne sommes pas prêt à faire ce genre de concession... D'ailleurs, même en classe 2 nous
étions presque toujours les seuls touristes, à croire que les autres se déplacent en voiture louée avec chauffeur.
Le réceptionniste de notre hôtel nous propose de prendre un bus couchette de nuit si on a pas le train. Mais après s'être renseigné sur Internet, cette solution ne convient pas. Une couchette de
bus c'est 1,80m de long, 80cm de large et 60cm de hauteur. Vu l'état des routes, à chaque nid de poule (tous les 10 mètres) tu fais un saut de 40cm et t'écrase contre le haut. Les bus couchette
semblent être les pires expériences des routards.
On décide de partir à la gare, on appréhende.
La gare est bondée, comme toutes les gares indiennes. Pas de perte de temps, on file directement vers le bureau du tourisme (étrangers). On explique notre cas, pas trop d'autres solutions si
on a pas de train. Le gars finit par appeler le bureau des réservation et nous dit : Congratulations !!! Yaisse, on est soulagé, on vient d'avoir nos deux places. Entretemps, on observe avec dégout
un gros rat qui vient d'entrer dans la pièce et file droit sous le 2ème bureau où se tient un mec. Béné devient blanche :)
On attend alors 2h30 dans la gare. Pour passer le temps j'observe la ballet incessant des rats sur les voies de chemin de fer. On dirait une autoroute de rats, avec des croisements, des ponts pour
passer d'une voie à l'autre, ils filent à une vitesse prodigieuse le long du rail, et se croisent de manière très ordonnée pour passer d'un rail à l'autre. Complètement hallucinant ! Béné est
encore plus blanche ...
Le train arrive en gare, on peut s'installer, moi à un bout wagon et Béné à l'autre (on peut pas tout avoir non plus, nos places ne sont pas côte à côte). Le contrôleur finira par me faire changer
de place, car ça arrangeait un mec de ne pas prendre une couchette en hauteur. On se retrouve donc à côté. On est paré pour passer la nuit dans ce train bruyant à cause de la clim et aussi parce
que les conducteurs de train doivent être payés à la durée pendant laquelle ils actionnent leur énorme klaxon ou corne de brume (des fois 30s sans interruption). Quand on a un wagon proche de la
locomotive, c'est assez exaspérant.
On arrive à dormir un peu malgré : le klaxon, la clim, les gens qui passent dans les couloirs et qui tirent par inadvertance les rideaux de la couchette, les gens qui s'installent ou descendent à
un arrêt et se disent nullement qu'à côté il y en a d'autres qui dorment, les flatulences des hommes indiens (si bruyant que cela m'a réveillé), les téléphones portables qui sonnent à toutes
heures.
12 heures et 15 minutes plus tard, on arrive à Agra. Et oui, le train s'est arrêté 2h en pleine campagne, on ne sait pas pourquoi.
Belle moyenne, 557 km en 12h15'. Faudrait leur vendre quelques TGV, même des très vieux, ce serait révolutionnaire.
Rickshaw à la gare et direction notre hôtel à quelques 200 mètres de l'entrée Est du Taj Mahal.